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La Région Nouvelle-Aquitaine

portrait noir et blanc Poulidor en tenue de cycliste avec casquette

Poulidor, un héros Français

Temps de lecture 6 minutes

Quand il a terminé deuxième du canton au certificat d’études, le petit Raymond de Masbarraud-Mérignat ne pouvait pas se douter que son nom, Poulidor, allait devenir dans la France du 20e siècle le symbole de l’éternel second.

Publié le vendredi 30 juin 2023

Pour aider ses parents, modestes métayers dans la Creuse, il a dû renoncer à poursuivre ses études. Et le dimanche, comme ses grands frères font du vélo, il va les imiter.
C’est le début d’une longue carrière de coureur cycliste qui fera de Poulidor, un nom qui chante, facile à crier au bord des routes, le plus célèbre champion français de tous les temps avec le boxeur Marcel Cerdan, son idole, qu’il rêvait d’imiter, avec ses solides mains de paysan. Mais il n’y avait pas de salle de boxe dans la Creuse.
A son palmarès, il y a davantage de premières places que de deuxièmes. Mais sa continuelle malchance ne lui a pas permis d’atteindre le graal : le maillot jaune du Tour de France. Ses malheurs ont fait sa gloire, cette « poupoularité » qui a rempli sa vie et dont il ne pouvait pas se passer. « Je redoute le jour où on ne me reconnaîtra plus dans la rue », souriait-il le jour de ses 75 ans.

La « poupoularité »

Raymond Poulidor avait déjà 24 ans quand il est devenu coureur professionnel. C’était en 1960, après un long service militaire de plus de deux ans dans les djebels algériens. Il a alors gagné sa première course, en Aquitaine : Bordeaux-Saintes. Ce n’était qu’un amuse-gueule avant de passer aux choses sérieuses, douze mois plus tard le 18 mars 1961, avec une chevauchée triomphale et cinquante mètres d’avance sur le champion du monde - le belge Rik Van Looy - dans le premier « monument » du cyclisme de l’année : Milan-San Remo, la « classique » que tous les champions rêvent de remporter. Beau cadeau de mariage pour Gisèle, la postière de Saint Léonard de Noblat, fille de gendarme, qu’il épouse le 18 avril avant de devenir champion de France, le 18 juin à Rouen sur les terres de celui qui va devenir son grand rival : Jacques Anquetil. On peut ajouter qu’il a couru pendant 18 ans, qu’il a disputé 18 championnats de France, 18 championnats du monde, 18 Paris-Roubaix, 18 Paris-Nice et qu’il a remporté en tout 18… 9 succès.
Mais battre Rik Van Looy dans Milan-San Remo et Jacques Anquetil sur ses terres normandes, c’était un double crime de lèse-majesté qu’il va payer cher. Anquetil et Van Looy se partageaient alors le gâteau du cyclisme professionnel : « à moi les grands tours, à toi les courses classiques d’un jour ». Et ils ne voyaient pas d’un bon œil l’arrivée de ce trublion plein de santé, au sourire ravageur, qui était en train de conquérir « leur » public. Poulidor ne gagnera jamais le Tour de France. Il devra se contenter d’un Tour d’Espagne. Et il ne sera jamais champion du monde, ni vainqueur d’une autre grande classique, à l’exception de la Flèche wallonne.
Ajoutez à cela les chutes ; les crevaisons ; les incidents mécaniques qui ont émaillé sa carrière ; son éternelle bonne humeur ; ses espoirs toujours remis à demain, mais en qui ses supporters voulaient toujours croire ; sa longévité qui lui a fait gagner Paris-Nice à 36 ans et terminer son dernier Tour de France en 1976 à 40 ans, à la 3ème place comme il avait conclu son premier en 1962… Vous aurez alors l’explication de sa « poupoularité », selon l’expression d’Antoine Blondin, l’auteur du « Singe en hiver », qui était même venu s’installer à Lisnards, pas loin de Saint Léonard, pour fuir les tentations de la vie germanopratine et qui a enrichi par ses écrits la légende de « Poupou ».
 

Une statue à Saint Léonard

Qu’il n’ait jamais remporté le Tour de France et n’ait même jamais porté, ne serait-ce qu’un seul jour, le maillot jaune, « cette Gloire sans maillot jaune », c’est la plus flagrante injustice du monde du sport au 20e siècle ! Raymond Poulidor relativisait tout cela : « Si j’avais gagné le Tour de France, je ne serais que l’un de ces soixante et quelques maillots jaunes, tandis que là mes malheurs… ont fait mon bonheur ! Je n’aurais jamais été aussi populaire et aussi longtemps. Et je n’aurais pas gagné autant d’argent ! » 
La vie de Raymond Poulidor est une véritable épopée, un beau roman, une aventure exemplaire, sauf dans les milieux cyclistes où seule la victoire compte. C’est la belle histoire d’un enfant de la terre creusoise qui a sa statue à Saint Léonard, des rues et des stades qui portent son nom, mais qui est resté fidèle à la devise de son directeur sportif Antonin Magne : « Il n’y a pas de gloire sans vertu. ».
Dans sa chambre de l’hôpital de Saint Léonard de Noblat, trois jours avant de mourir, il a regardé à la télévision la victoire de son petit -fils, Mathieu Van der Poel, au championnat d’Europe de cyclocross. Mathieu, « son petit phénomène » comme il l’appelait , lui a dédié le maillot jaune qu’il a endossé dans le Tour 2020 et sa victoire dans Milan San-Remo 2023… le 18 mars ! Raymond Poulidor nous a quittés le 13 novembre 2019, mais sa légende et son sourire sont éternels.

couverture d'ouvrage avec photo portrait de profil de Poulidor
A propos de l’auteur

Poulidor… Un héros dans le cœur des Français ! Une belle histoire racontée par Daniel Pautrat le reporter aux 50 Tours de France qui a commenté toute la carrière de « Poupou » à la radio- où il avait été recruté par un Limousin, le créateur du radioreportage sportif Georges Briquet- et à la télévision- où il a eu Poulidor comme consultant- et qui est resté proche de lui durant toute sa vie.

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