Le cinéma d’animation est un fleuron du secteur cinéma et audiovisuel en Nouvelle-Aquitaine. Organisé autour du pôle image depuis une quinzaine d’années, il multiplie les réussites.
© 2016 Studio Ghibli
Succès
Angoulême a tenu la dragée haute aux premiers Emile Awards le 8 décembre dernier. La cérémonie récompense le meilleur de l’animation européenne. La moitié des prix est revenu à l’animation française et parmi elle, tous les prix aux longs-métrages ont été raflés par les productions angoumoisines. Rien d’étonnant, le pôle image, bien organisé et fort de d’un écosystème complet, se démarque largement de ses concurrents.
Deux films réalisés à Angoulême ont beaucoup fait parler d’eux en 2017. Ma vie de courgette et La tortue rouge, multi-primés depuis leur sortie, ont même été nominés aux Oscars. La tortue rouge, intégralement réalisé à Angoulême et coproduit avec les mythiques studios Ghibli au Japon, a déjà reçu le prix du jury à Cannes dans la catégorie Un certain regard. Et Ma vie de courgette, partiellement fabriqué à Angoulême, s’est distinguée avec deux Césars et le prix du cinéma européen du meilleur film d’animation. La filière récolte des lauriers depuis plusieurs années. Peu de collectivités peuvent s’enorgueillir d’obtenir un César 3 années de suite. C’est le cas de la Nouvelle-aquitaine avec Minuscule, la vallée des fourmis perdues en 2014, Loulou, l‘incroyable secret en 2015 et Ernest et Célestine en 2016.
L’écosystème angoumoisin
Au départ, il y avait le festival de la BD, l’école des beaux-arts et une tradition autour de la fabrication du papier. Au fil des ans, l’ensemble crée une synergie qui finit par faire boule de neige grâce au soutien continu des collectivités locales. Quelques studios de dessin animé s’installent, suivis d’autres, appuyé par la section BD des beaux-arts puis de la formation animation que l’école propose…Le pôle image est lancé. Depuis 1997, Magelis a su agglomérer l’ensemble des acteurs de la filière. Angoulême est aujourd’hui le second centre de production d’images animées en France, juste derrière Paris.
Pour Christophe Jankovic, co-fondateur et directeur de Prima Linea qui a produit La tortue rouge, le pôle image est « un joyau de la couronne de l’audiovisuel en région, il n’y a pas d’équivalent en Europe, rien qui soit aussi dynamique et aussi varié.». Venu de la région parisienne en 2003 pour son premier long-métrage, Prima Linea est finalement resté, séduit par le cadre de vie et la dynamique locale : « il y avait une vitalité avec la Cité de la BD, le festival, la maison des auteurs, les écoles de l’image dont l’Emca (Nda : Ecole des métiers du cinéma d'animation)…Le cœur du pôle était déjà constitué. »
« Le pôle a bien grandi depuis ses débuts. C’est un secteur à part entière de l’économie » affirme Géraldine Cohen, chargée de communication à Objectif 3D, école de formation à la 3D installée en 2017 à Angoulême. « Il ne sera plus possible de revenir en arrière ». Le pôle image compte aujourd’hui près de 40 studios d’animations, 1000 professionnels et 1200 étudiants dans 12 écoles spécialisées qui alimentent non seulement les entreprises locales mais celles du monde entier.
« 100% d’embauche à la sortie de l’école »
« On ne le sait pas assez de l’extérieur mais l’animation est un secteur en plein boom. Les entreprises ont des commandes jusqu’en 2020-2021 et pas assez de bras pour les satisfaire » affirme Géraldine Cohen. Quarante-cinq pourcent des séries télés d’animation diffusées sur les écrans nationaux sont fabriquées à Angoulême. Le chiffre est en augmentation constante ces dernières années car le nouveau crédit d’impôt redonne de la compétitivité aux emplois locaux et rapatrie des pans entiers de la production depuis les pays asiatiques. « Les studios préfèrent embaucher des animateurs français qui ont un meilleur savoir-faire. Le rendu est sans comparaison. Il y a une french touch qu’on ne retrouve pas ailleurs » poursuit Géraldine Cohen. « Nous avons 100% d’embauche à la sortie de l’école. »
Le soutien des collectivités
L’animation est le secteur du cinéma et de l’audiovisuel français qui s’exporte le mieux car les films ont une durée de vie assez longue. Mais ils sont aussi les plus difficiles à produire car la spécificité du secteur tient aux coûts de fabrication très élevés, 8 millions d’euros en moyenne contre 3 millions d’euros pour un film en prises de vue réelles, et au temps de production - plus de 3 ans. L’animation est chère car elle est gourmande en main d’œuvre : du layout au compositing en passant par le lightening ou les décors, chaque film mobilise une armée de techniciens spécialisés.
« En raison de ces coûts élevés, les financements sont très peu nombreux : Canal, France 3 cinéma, Arte avec un film par an. La coproduction internationale est donc la règle. » De son côté, la Région investit 1,75 million d’euros dans la filière animation, abondé par le CNC et le département de la Charente. Pour deux euros que met la Région, le CNC rajoute un euro. La Nouvelle-Aquitaine dispose ainsi du premier fonds de soutien français pour l'animation. Un vrai plus pour permettre de lancer une production car l’argent des collectivités est « du vrai argent » explique Christophe Jankovic, pas une promesse d’achat de la part d’un distributeur. « C’est souvent le soutien des collectivités qui permet de boucler un budget. La question des années à venir sera d’arriver à fortifier ce système. ».
Journée portes ouvertes du campus de l’image le 3 mars, de 10h à 17h, toute la journée.
Du 7 au 9 mars, Bordeaux accueille Cartoon movie, le forum européen des professionnels du film d'animation. Huit cent participants venus de 40 pays échangeront sur leurs projets en vue de trouver financements, coproductions et distributeurs.